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Rebelles touaregs : orphelins de Kaddafi
Source: Jeune Afrique, 5.10.2011 – Combien de Touaregs sont rentrés au Niger et au Mali depuis la chute du régime Kaddafi ? « Sans doute quelques milliers, répond un spécialiste du Sahel. Pas seulement des combattants de la dernière heure, mais aussi des Touaregs de l’armée régulière libyenne. » Et c’est bien ce qui inquiète à Niamey ou à Bamako. Ceux qui reviennent après un séjour de dix ou vingt ans en Libye sont des hommes aguerris et ne rentrent pas les mains vides… Pour autant, le conseiller à la sécurité d’un chef d’État du Sahel refuse de s’alarmer : « Si les ex-rebelles touaregs reprennent la lutte armée, ils n’auront plus de base arrière. Pour eux, la chute de Kaddafi est une très mauvaise nouvelle. »
Kaddafi et les Hommes bleus… L’histoire ne date pas d’hier. Dès les années 1990, la Libye sert de sanctuaire aux combattants touaregs. En 2009, c’est en Libye que se réfugient les deux principaux chefs rebelles de la sous-région : le Malien Ibrahim Ag Bahanga et le Nigérien Agaly Alambo. Ce dernier reçoit ses amis à dîner dans une belle résidence du quartier Ben Achour, à Tripoli. À partir de mars dernier, ils renvoient l’ascenseur. Au Mali comme au Niger, ils aident leur ange gardien à recruter quelques milliers de combattants, moyennant la promesse d’un salaire de 3 millions de F CFA par mois (environ 4 570 euros). Ces mercenaires toucheront dix fois moins…
Chacun pour soi
Que vont devenir les amis touaregs du colonel déchu ? Le cas Agaly Alambo est intéressant. Après l’entrée des insurgés dans Tripoli, le 21 août, il prend la route du sud. Le 4 septembre, il arrive à Agadez, au Niger, en compagnie de son officier traitant, le général libyen Abdallah Mansour. Quelques jours plus tard, sur la même piste du désert, il fait escorter par ses hommes l’un des fils du « Guide », l’ex-footballeur Saadi Kaddafi, aujourd’hui réfugié à Niamey. Alambo est fidèle en amitié, mais sent le vent tourner. « En tant que chef touareg, je conseille à mes frères qui se sont repliés avec les kaddafistes de négocier pour éviter le combat, confie-t-il au Figaro. Le régime s’est effondré. Maintenant, c’est chacun pour soi. »
Le cas Ibrahim Ag Bahanga est plus mystérieux. Fin août, dans une interview accordée à El-Watan, l’ex-rebelle malien lâche le « Guide ». Quelques jours plus tard, le 26 août, il se tue en voiture dans le nord du Mali. Beaucoup doutent de cette version officielle et croient savoir qu’il est mort au cours d’un accrochage avec un clan rival ou des trafiquants d’armes. Réflexion de notre conseiller à la sécurité : « S’il n’y a pas eu de représailles depuis le 26 août, c’est peut-être le signe qu’il est vraiment mort accidentellement. »
Businessmen
Quelle reconversion pour les Touaregs ? « Si le Conseil national de transition au pouvoir en Libye n’arrive pas à surmonter ses divisions, le Sud libyen va s’autonomiser et les Touaregs du Niger auront une belle carte à jouer », analyse une source proche des services de renseignement français. La chance des Touaregs, c’est que leur communauté de quelque deux millions de personnes est éparpillée entre cinq pays. Les Touaregs du Niger peuvent compter sur la solidarité de leurs frères de Libye, qui sont près de 600 000. Homme clé : l’officier libyen Husain al-Kuni, ex-ambassadeur à Niamey – pendant dix-sept ans ! – et aujourd’hui gouverneur de Ghat, dans le sud-ouest de la Libye. Si les Toubous contrôlent les routes Libye-Tchad, les Touaregs, eux, tiennent l’axe Libye-Niger. Demain, ils peuvent prospérer dans le commerce transsaharien. Fini les rêves de grandeur et le projet fou d’une « fédération du Grand Sahara », dont Kaddafi et les chefs touaregs avaient signé la charte à Tombouctou, lors de la fête du Mouloud (célébrant la naissance du Prophète) de 2005. Après vingt ans de lutte armée, les héritiers de Mano Dayak ont l’opportunité de devenir businessmen. Le feront-ils ? Ce sera moins glorieux, mais plus payant.
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