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Commentaire sur le dernier Message des Evêques Catholiques, nyabusorongo, 04/01/2012 – Comme tous les autres Burundais en général et les chrétiens en particulier, j’ai accueilli avec empressement le message des évêques catholiques, «pasteurs du peuple de Dieu», adressant à leurs brebis que nous sommes un message concernant la paix dans notre pays, le Burundi. C’est avec prudence que je saisis cette occasion pour faire ressortir ma pensée, de peur que je ne trébuche. De peur que je n’offense l’Eglise du Grand Berger, le Christ, ni ses envoyés sur terre, les « pasteurs du peuple de Dieu ». Je ne suis ni athée ni agnostique.
Je suis croyant, chrétien, Catholique de l’Eglise Catholique Romaine, Universelle, gardienne de la Vérité. Je ne suis porte-parole de personne : ni celui du Gouvernement ou d’aucun parti politique et encore moins de quelque confession religieuse. Ma réflexion n’engage que moi. Nous sommes dans un état démocratique, dont la constitution reconnaît à chaque citoyen le droit d’expression.
Comme chrétien, né de nouveau, je souscris à l’exhortation du Livre Saint, la Bible qui, dans le livre des Actes des Apôtres, rend hommage aux juifs de Bérée comme suit : «Or ceux-ci avaient l’âme plus noble que ceux de Thessalonique. Ils accueillirent la parole avec le plus grand empressement. Chaque jour, ils examinaient les Écritures pour voir si tout était exact.» (Actes 17 : 11)
Au-delà d’accueillir avec empressement la parole de Paul et Silas, le peuple de Dieu de cette époque examinait les écritures. Pour quelle raison ? Pour vérifier si tout était exact, conforme à l’enseignement du Messie. Pour se rassurer que ces « pasteurs du peuple de Dieu » n’en rajoutaient pas.
Rasséréné par cette exhortation à scruter les écritures, j’ai fait de même en examinant le message des évêques catholiques, que j’ai lu et maintes fois relu. C’est un message qui concerne la Paix au Burundi. Seulement, la perception de ce message est différente, selon le camp politique auquel on appartient. Moi personnellement, je l’ai perçu comme une prise de position politique clairement tranchée contre Pierre Nkurunziza et sa formation politique, le Cndd-Fdd.
Ce message nous divise, nous, les ouailles. Il nous divise, nous, les brebis. Nous n’avons peut-être pas compris la raison de cette sortie cléricale, simultanément avec une sortie médiatique contestée de Pauline Simonet avec son mouvement Fronabu-Tabara concocté en catimini avec Alexis Sinduhije et Pancrace Cimpaye, en même temps que la sortie ratée d’un FRD-Abanyagihugu, revendiqué par un certain Pierre Claver Kabirigi, mouvement étouffé dans l’œuf. Nous nous interrogeons finalement sur la présence, lors du mariage d’Agathon Rwasa, de deux Evêques Catholiques, Monseigneur Evariste Ngoyagoye, Archevêque de Bujumbura et Monseigneur Gervais Banshimiyubusa, Président de la Conférence des Evêques Catholiques du Burundi.
Nous essayons de comprendre pourquoi Agathon Rwasa, pourtant protestant et membre de l’Eglise EEAC Rweza Kanyari a préféré faire bénir son mariage par l’Eglise Catholique, malgré les multiples protestations du Pasteur André Nzaniye qui n’avait pas compris les enjeux politiques du moment. La rumeur courrait en effet que les Evêques avaient convaincu Agathon Rwasa de basculer vers l’Eglise Catholique pour être soutenu par le Vatican lors des élections de 2010, contre le Protestant Pierre Nkurunziza et, qui plus est, échapper aux poursuites liées à l’assassinat de Monseigneur Michael Courtney. Après cet échec, toute honte bue, Rwasa n’avait d’autre alternative que de fuir le pays et de reprendre la voie de la violence pour cacher sa honte et son désarroi.
Dans leur message, les Evêques semblent, tantôt reconnaître, tantôt ne pas reconnaître explicitement la légitimité des institutions issues des dernières élections, au vu du langage utilisé dans ce message: « les uns affirment que le pouvoir leur a été donné par les citoyens en passant par les urnes et que par conséquent ils doivent le maintenir jusqu’à ce que ceux qui le leur ont donné le leur retirent ». Pourquoi un tel détour alors qu’on sait pertinemment que le Clergé a joué un rôle très important d’observateur lors des élections de 2010 ?
D’aucuns sont amenés à reconsidérer les rapports «dissimulés» qui existeraient entre le clergé, certains activistes de la société civile et certains politiciens de l’ADC-Ikibiri ou de l’opposition et pour quel but commun ? D’autant plus qu’immédiatement après cette déclaration, les activistes de cette société dite « civile », sont montés au créneau pour s’approprier le message, comme s’il venait à point nommé corroborer leur bataille contre le pouvoir Cndd-Fdd, décidés à ne lâcher prise que lorsque Nkurunziza et son parti seront foulés à leurs pieds. Pire, le même message a été récupéré par un certain Domitien Ndayizeye, qu’on ne peut pas accuser d’avoir beaucoup de sympathie pour le CNDD-FDD. C’est à se demander si véritablement le message n’entrait pas dans une certaine logique, une logique contre le pouvoir.
D’entrée de jeu, les évêques disent que la paix semble menacée au Burundi. Ils rappellent les acclamations des anges au moment de la naissance de Jésus Christ, à Bethlehem, que nous trouvons dans ce passage biblique de Luc 2 :14 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance ! ».
C’est la première fois, depuis les élections de 2010 que la Conférence des Evêques catholiques du Burundi sort un message d’une telle profondeur. Pourtant, la paix a été perturbée au lendemain des élections communales de 2010, pour ne parler que d’une période récente. La stupeur a gagné tout le peuple, en attente permanente d’un message d’apaisement. Mais les évêques catholiques n’ont pipé mot.
La paix a également été pratiquement absente dans la province de Bujumbura (rural). Des cas d’assassinats et des crimes crapuleux empoisonnaient l’actualité, mais là également, rien. Silence radio. La Conférence des Evêques Catholique ne s’est pas souvenue qu’il fallait envoyer à ces malheureux en larmes un message de soutien, une exhortation à préserver ce trésor qu’est la paix, « partout où nous sommes, surtout nous, fidèles du Christ », un réconfort moral et matériel. Maintenant que dans Bujumbura la sécurité est restaurée, était-ce vraiment le moment de s’inquiéter outre mesure ? Certes il y a encore à faire sur le chemin de la paix, mais la situation que vit le Burundi et les burundais n’est pas du tout comparable à celle des temps passés.
Les Evêques reconnaissent que les négociations passées qui ont abouti aux différents accords comme celui d’Arusha constituent un espoir qu’il faut renforcer « afin qu’il nous permette d’arriver à une paix durable, au lieu de revenir aux mauvais réflexes d’égocentrisme, d’exclusion et d’usage de la force ».
Egocentrisme ? Espérons que les Evêques ne qualifient pas le pouvoir Cndd-Fdd d’égocentrique pour la simple raison qu’il refuse de négocier avec certains politiciens en cavale, après moult tentatives de déstabilisation du pays (Agathon Rwasa, Léonard Nyangoma, Alexis Sinduhije, Pascaline Kampayano, Pancrace Cimpaye et Manassé Nzobonimpa). C’est devenu la chanson de certains politiciens véreux, mauvais perdants, voulant obtenir par la ruse ce que le peuple leur a refusé par les urnes et qui se sont coalisés au sein de l’Alliance Démocratique pour le Changement (ADC-Ikibiri), alliance jusque-là illégale, non reconnue par la loi burundaise. Les évêques catholiques voudraient donc que le Gouvernement, qui doit faire respecter les lois, accepte, certifie, admette, une coalition illégale ?
Exclusion ? Le Burundi a fait d’énormes progrès en termes de partage du pouvoir et de démocratie. Il est révolu le temps où le Burundi était dirigé par une oligarchie monoethnique tutsi qui occupait plus de 90% des postes stratégiques dans le gouvernement et dans l’administration, 100% d’officiers dans l’armée, la Gendarmerie et la Police et …75% des Evêques Catholiques (mais cela est une autre histoire)…. Depuis la venue du Cndd-Fdd, force est de constater que l’exclusion sous toutes ses formes n’a plus de place, même s’il faut reconnaître qu’il faut encore beaucoup de temps pour juguler à tout jamais ce venin. Néanmoins, dans le contexte actuel, si certains hommes politiques ont été exclus par le peuple par la voie électorale ou se sont exclus eux-mêmes des affaires de la nation par le boycott, c’est à qui la faute ? Si certains d’entre eux comme Agathon Rwasa, Nyangoma, Sinduhije et autres ont préféré reprendre le sentier de la guerre, quelle réponse faut-il leur réserver pour protéger la Nation ? Remarquez que ce sont des intentions manifestées dans des déclarations publiques d’appel à la violence.
La réponse, ils l’ont obtenue. Le Président de la République du Burundi vient une fois de plus de clarifier la situation à travers le message de vœux adressé à la Nation : Pas de négociation avec un groupe de gens, qui, après avoir perdu aux élections, veulent contraindre les élus à leur céder leurs places, occupées en vertu du verdict populaire. Oui au dialogue inclusif, dans le respect des accords d’Arusha et de la Constitution burundaise. Ce que reconnaissent également les Evêques au point 17 de leur message quand ils affirment qu’ « il faut respecter le pouvoir tel qu’issu des élections » et au point 19 lorsqu’ils recommandent l’organisation « sans tarder [d’un] vrai dialogue, qui accorde la parole à tous les politiciens en y incluant ceux de l’opposition, au sein d’une structure de consensus, mais dans le respect des acquis des Accords d’Arusha et de la Constitution de la République ». Ignoreraient-ils qu’il y a déjà une structure « de consensus », le Forum permanent de dialogue des partis politiques, mis en place par les partis eux-mêmes toutes tendances confondues ?
Quelques questions fondamentales se posent ici : qui a qualité de politicien ? Sur quel critère les «politiciens» doivent être retenus pour participer au «dialogue» ? Qu’est-ce qui indique que ces «politiciens» de l’opposition, représentent mieux le peuple que d’autres personnalités, non membres de partis politiques, mais qui sont en contact régulier avec la population ? Et même, au fond, qui doit parler en mon nom si je ne l’ai pas mandaté ? Cette déclaration pose plus de questions qu’elle n’en résout.
Tout compte fait, je considère que l’objectif de la Conférence des Evêques Catholiques du Burundi n’est autre que, d’une façon déguisée, donner un coup de main à l’ADC – Ikibiri, la faire sortir du fossé dans lequel les tenants de cette politique d’usure se sont engouffrés, d’échec en échec. La dernière en date est celle de former des mouvements armés, fort heureusement démantelés par les forces de défense et de sécurité burundaises.
Je considère en fin que la globalisation est un des venins dont ont souffert les burundais. Ô Pasteurs du Peuple de Dieu, n’exagérons point : le langage globalisant de Manassé « Ibizu » et celui encore plus globalisant de Pauline Simonet « maisons qui poussent comme des champignons » ne devrait pas vous contaminer, n’étant pas parole d’évangile. Ceux qui bâtissent des maisons, et le pays, ne sont pas … tous, des détourneurs de la chose publique.
Les « Pasteurs du peuple de Dieu » devraient garder à l’esprit que nous, qui croyons en Christ Jésus, sommes « la lumière du monde et le sel de la terre » (Mathieu 5 :13,14). Votre dernier message « concernant la paix dans notre pays », est plutôt un ouragan venu des cieux cléricaux, qui risque de nous éteindre, de nous affadir et de nous faire fondre, … dans la terre. Oui, dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu hais.
Noël Bapfekurera
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